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donner la parole aux Corses
Corsematin, Nicolas Alfonsi, 18 mars 2000
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"- Le déroulement de la session vous a-t-il surpris ?

- Pas du tout. J'avais déclaré que les nationalistes ne solliciteraient aucun vote sur leur propre motion et qu'elle serait retirée. La raison en est simple : ils ne pouvaient obtenir aucune majorité pour demander la reconnaissance constitutionnelle du " peuple corse " et auraient, au surplus, mis dans l'embarras ceux qui parmi leurs alliés auraient été contraints de voter contre cette reconnaissance juridique, si la question avait été clairement posée.

Cela justifie leur ralliement à la motion soutenue par José Rossi et déposée par Paul Giacobbi.

- Les auteurs de celle-ci dénoncent l'alliance contre nature entre la gauche et la droite pour voter la motion majoritaire...

- On connaît cette vieille antienne qui nous est resservie tous les dix ans. En vérité, la ligne de partage ne se situe pas entre la droite et la gauche mais entre ceux qui considèrent que l'autonomie se mérite, que la société corse n'y est pas prête, et ceux qui envisagent l'aventure institutionnelle le cœur léger.

Le fait que droite et gauche se retrouvent sur un même texte est-il plus scandaleux que de voir José Rossi mêler sa voix à celle de Jean-Guy Talamoni, qui refuse de condamner les assassins de Claude Erignac, ou Laurent Croce s'associer à Démocratie Libérale ?

- Pourtant, n'a-t-on pas parlé de convergences entre les deux motions ?

- Si celles-ci existent dans les domaines du développement, de l'environnement et de la demande d'une clarification des compétences, il n'en demeure pas moins que des divergences fondamentales séparent les deux textes. La motion majoritaire évoque la République ; la minoritaire la passe sous silence. La première rejette la reconnaissance juridique du " peuple corse " ; la deuxième l'évoque comme une " communauté de destin ". La première n'évoque aucun calendrier de type calédonien ; la deuxième en fait état par un accord à passer entre les élus et le gouvernement central. Celle-ci évoque la possibilité d'un changement constitutionnel et, dès lors, d'un référendum national ou d'une réunion du congrès à Versailles, pour changer la Constitution ; la majoritaire la rejette de manière implicite.

Mais il y a également deux différences essentielles qui n'ont échappé ni à José Rossi ni à Jean-Guy Talamoni.

- Lesquelles ?

- Elles concernent la reconnaissance du pouvoir législatif à l'assemblée de Corse dans la motion Giacobbi-Rossi, la nécessité d'un référendum pour donner la parole aux Corses. Ce point est fondamental. Ainsi que je l'ai souligné, ces deux éléments constituent une reconnaissance sinon juridique du moins de facto du " peuple corse ". En somme, on tente par tous les moyens de forcer une porte qui s'est refermée. Ce n'est point un hasard si cette demande est réitérée quotidiennement dans les médias nationaux, quand bien même la question posée à la population porterait sur un objet accessoire et serait sans portée réelle.

- Vous jugez cette question importante...

- J'ai déclaré sur ce point que la modalité de la consultation n'était pas anodine mais pose un problème de fond à partir du moment où, en interrogeant les électeurs de Corse sur le statut institutionnel qu'ils souhaitent, vous admettez implicitement l'existence du " peuple corse ", avec toutes les conséquences constitutionnelles que cela suppose.

Au demeurant, toutes ces différences n'ont pas échappé au Premier ministre qui les a trouvées... " sensibles ", au point de déclarer que ces réformes impliquent aussi l'engagement d'autres acteurs, en particulier le Conseil constitutionnel.

Aussi, je suis toujours surpris par la légèreté avec laquelle certains responsables élus s'avancent sur des terrains aussi complexes sans aucune précaution.

Il est évident qu'à jeter en permanence ces problèmes difficiles dans le débat public, vous provoquez tout à la fois une distanciation supplémentaire par rapport à la communauté nationale et une forte déception de l'opinion si des difficultés allaient surgir par la suite.

- Les élus auraient-ils rejeté la main tendue en refusant le processus de paix ?

- Sommes-nous en guerre pour parler de paix ? Arrêtons de nous étourdir par l'enflure des mots. Méfions-nous des comparaisons hasardeuses et caricaturales. La Corse n'est ni le Liban, ni le Moyen-Orient, ni l'Irlande, ni le Pays Basque... Au demeurant, comment prétendre qu'on refuserait la paix puisque les élus nationalistes reconnaissent eux-mêmes qu'ils n'ont aucune influence sur l'organisation clandestine ?

Propos recueillis

par Jacques RENUCCI."


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