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Vous venez de lancer, à l’Assemblée Nationale, un club intitulé : « Aujourd’hui la République ». Est-ce à dire que la République a besoin d’être défendue ? La République a toujours besoin d’être défendue. Face aux extrémismes, face aux attaques de ceux qui ambitionnent de remettre en cause les valeurs de fraternité, de solidarité, d’humanisme et d’égalité des chances qui fondent le pacte républicain ciment de notre société. A l’heure du développement des communautarismes de tous ordres et des tentations individualistes, je crois profondément à la nécessité de réaffirmer que la République et les valeurs qu’elle porte sont d’une grande modernité. En quoi « Aujourd’hui la République » peut il répondre à cette préoccupation ? J’ai voulu, avec d’autres acteurs de la vie publique, ouvrir un espace de dialogue et d’échanges, à Gauche, susceptible de rassembler, au-delà des appartenances partisanes ou non de ses acteurs, tous ceux qui veulent placer les valeurs républicaines au cœur de la réflexion et de l’élaboration d’un projet de société. Il va de soi que cette institution est largement ouverte à tous les citoyens qui, engagés ou non dans l’action politique, veulent débattre et échanger sur ces questions. La dimension planétaire des problèmes crée aujourd’hui des solidarités supranationales et oblige à revoir les paramètres en matière d’information, de flux migratoires, des ressources naturelles notamment. Et le spectre des champs de débat est large : la décentralisation, l’école, la construction européenne, la mondialisation, la place des entreprises, le fonctionnement de nos institutions, la solidarité, l’égalité des chances, la montée des communautarismes sont ainsi autant de thèmes de débat à ouvrir. En quoi ce club se différencie-t-il d’un parti politique ? Le rôle d’un parti est totalement différent de celui du club. Et l’adhésion de personnalités à « Aujourd’hui la République » s’est précisément faite sur la base de leurs différences partisanes mais aussi de la mise en commun de préoccupations et de convictions partagées. Nous respectons totalement le rôle majeur dans la vie démocratique des partis politiques, seuls habilités, par exemple, à donner des investitures aux élections. Et chacun conserve donc son identité et ses engagements partisans lorsqu’il en a. Mais notre club a aussi vocation à confronter les points de vue d’acteurs de la vie sociale et politique venus d’horizons pluriels. Les rôles des partis politiques et de notre club ne sont pas contradictoires : ils sont, à mes yeux, parfaitement complémentaires. « Aujourd’hui la République » n’est donc pas un « courant » du PRG. Vous plaisantez j’espère. Les membres fondateurs qui ont accepté de participer au comité de pilotage du club viennent de tous les courants ou presque de l’ex gauche plurielle. Ils ont en partage leur combat républicain connu et reconnu. C’est le cas, par exemple des anciens Ministres tels Michel Charasse, Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélenchon ou Philippe Marchand, des Sénateurs Paul Loridant ou Jean-Yves Autexier, des députés Chantal Robin-Rodrigo, Joël Giraud, Jean Michel ou Gérard Charasse. Et j’en oublie beaucoup. Et Jean-Pierre Chevènement ? Jean-Pierre Chevènement n’appartient pas au comité de pilotage de ce club. Même si son combat républicain est de notoriété publique. Mais je crois qu’il aura, le moment venu, un rôle à jouer dans la reconstruction d’un courant républicain fort à Gauche. Je sais qu’il est de bon ton aujourd’hui de lui faire porter la responsabilité de l’échec de la gauche et de Lionel Jospin à l’élection présidentielle. Je trouve cette désignation d’un bouc émissaire injuste. Elle a, pour ses auteurs, le mérite de la facilité. Elle évite de s’interroger sur ses propres responsabilités… Mais je crois qu’aujourd’hui il faut tourner la page et reconstruire la Gauche sur des valeurs fortes. C’est aussi le rôle d’ « Aujourd’hui la République » que de contribuer à l’émergence de ces valeurs. Le PRG n’assume-t-il pas ce rôle de force républicaine à Gauche ? Au plan national pas assez à mon sens. Et pourtant il y a là un espace d’expression politique important qui permettrait au Parti Radical de Gauche de renouer avec ses combats de toujours. Mais c’est un autre débat… Quelles vont être les premières actions de la structure que vous animez ? Nous allons, dès la rentrée, organiser une grande rencontre sur l’Europe à l’occasion du débat qui va s’ouvrir sur la constitution européenne, sur laquelle je souhaite clairement que le peuple soit consulté. Ce sera, pour nous, l’occasion de s’interroger sur la place de la Nation dans la construction européenne. Car Europe et République ne sont pas nécessairement antinomiques. Faut-il s’entendre sur ce que l’on attend de la construction européenne. Et sur ce point il y a sans doute beaucoup à faire pour revenir à plus de raison et aussi de transparence sur la place et le fonctionnement des institutions européennes. La très forte abstention dans la plupart des pays de l’Union, et en particulier en France le 13 juin dernier, a marqué le profond décalage entre l’Europe telle qu’elle se construit actuellement et les attentes des citoyens. Vous avez d’autres projets ? Bien sûr. Nous allons, par exemple, travailler sur des thèmes comme « l’école républicaine est elle encore un moyen d’intégration sociale ? », « le lien entre décentralisation et égalité des citoyens » ou encore la « République et les entreprises » avec des questions sur les délocalisations ou la supranationalité des entreprises. Bref nous avons beaucoup de travail devant nous tant le champ des valeurs républicaines à faire vivre est large. Mais au-delà, comment tout cela va-t-il se concrétiser dans l’action politique ? Il est trop tôt pour le dire. Mais il y a plus d’un an que je considère que la Gauche est orpheline de son courant républicain. Et pourtant elle en a besoin. Il faudra bien que des partis à Gauche s’emploient à le reconstruire. Ce n’est pas, en soi, le rôle d’ « Aujourd’hui la République ». Mais cela n’interdit pas de s’y intéresser… Et comment allez vous vous organiser géographiquement ? Nous ne l’avons pas encore décidé. Mais je n’écarte pas l’idée de correspondants départementaux et de débats déconcentrés bien sûr. En Corse aussi ? Pourquoi pas. Il n’y a pas de raison dans ce domaine de traiter la Corse différemment du continent. De ma part ce serait pour le moins contradictoire. Pour autant, nous avons décidé, avec mes colistiers des dernières élections territoriales, lors d’une récente réunion à Corte et sans que cela ait un rapport direct avec « Aujourd’hui la République », de créer une association baptisée « La Corse dans la République », ouverte à tous les citoyens qui partagent nos convictions et qui aura vocation à faire vivre, là encore à côté des partis politiques, notre combat pour une Corse moderne profondément ancrée dans le cadre républicain. Le 6 juillet 2003 avait lieu le référendum que chacun garde en mémoire. Quel regard portez vous, un an après, sur ce scrutin ? Pour tout vous dire, je suis particulièrement heureux de l’avoir conduit avec d’autres élus. Il me semble que le résultat – peut-être inattendu pour les observateurs parisiens – a marqué la volonté de la majorité des Corses d’affirmer leur attachement à la République et leur rejet des dérives de tous ordres. Et qui peut douter que si le NON ne l’avait pas emporté le 6 juillet nous en serions là en matière de combat contre l’affairisme et le racket par exemple. Pour moi le référendum a été un tournant dans l’île. Et si nous devions revoter aujourd’hui je suis persuadé que la victoire du NON serait beaucoup plus ample. Au demeurant, je constate que dans le même esprit, les élections territoriales ont marqué la défaite cinglante des listes dites « corsistes » et l’échec manifeste des nationalistes qui affirmaient, moins de 3 mois avant le scrutin que leur ambition était de devenir la première force électorale de l’île avec 30% des voix. Ils ont, finalement été loin du compte. Je constate enfin que les principales listes à ces élections territoriales ont fait campagne sur la stabilité institutionnelle. C’était cohérent pour l’équipe que je conduisais avec Nicolas Alfonsi. Ce n’était pas nécessairement évident pour d’autres qui avaient fait une ardente campagne pour le oui. Qui peut dire que le résultat du référendum n’a pas influencé leur évolution ? La Gauche a été renvoyée dans l’opposition à l’Assemblée de Corse alors qu’elle semblait en mesure de l’emporter. Quelle leçon tirez vous de cet échec ? Je ne veux pas revenir sur ce triste épisode. Tout et n’importe quoi a été dit. Et je me suis refusé à polémiquer avec les uns ou avec les autres. Car je crois que la vérité finit toujours par apparaître. J’ai fait toutes les démarches possibles, dans le respect des électeurs qui m’avaient fait confiance, pour tenter de constituer une majorité de progrès. Mais comment y parvenir quand 5 des 7 élus d’une liste cataloguée à gauche, sont repartis dans leur camp d’origine : la droite ? La Gauche ne pourra triompher que dans la clarté. Et toutes les tentatives qui ont été faites pour constituer une troisième voie ont, en définitive, condamné toutes les chances de succès de la Gauche. "
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